GUILLAUME CLOUTIER
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Cotopaxi (autopraxis)

Dans la série Cotopaxi (autopraxis), je rejette la noblesse de la toile pour un support plus ingrat, celui de la bureaucratie ordinaire : la chemise de classement. Ce choix n’est pas fortuit. Il constitue une critique de la réduction de l’individu et de l’artiste à un état de dossier permanent. Sur ces supports, je déploie une cartographie qui détourne les schémas de productivité, les annotations administratives et les organigrammes de pouvoir.

Cette réflexion est profondément ancrée dans mon expérience vécue et dans un contexte culturel québécois. Je ne considère pas les institutions comme une abstraction extérieure à mon travail : je les côtoie, je les traverse et j’en fais moi-même partie. Le langage administratif, les formulaires, les structures hiérarchiques, les procédures et les dispositifs de classement appartiennent à mon quotidien autant qu’à celui d’une société québécoise profondément institutionnalisée. Mon expérience personnelle vient ainsi se mêler à ces structures et s’y juxtaposer, créant un dialogue parfois absurde, parfois affectueux, mais surtout tragi-comique entre l’individu et les institutions.

L’influence du numérique n’y est pas traitée par l’outil lui-même, mais par la satire de ses structures : mes compositions miment la saturation mentale produite par les fenêtres contextuelles, les systèmes de classement et les injonctions des algorithmes.

En fusionnant l’esthétique du diagramme technique avec la banalité du matériel de bureau, je fais entrer dans ces structures administratives des fragments de vie, de mémoire, de culture et d’expérience personnelle. Le sérieux des institutions se trouve alors confronté à l’incontrôlable du vécu. Le bureaucratique et l’intime ne cessent de se contaminer mutuellement.
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Chaque rature, chaque dessin, chaque annotation devient ainsi un acte de sabotage poétique, mais aussi une manière de négocier avec les structures auxquelles je suis moi-même soumis. Je ne cherche pas simplement à dénoncer : je cherche à observer ce qui se produit lorsque mon expérience, avec ses contradictions, ses maladresses et son absurdité, entre en dialogue avec elle. C’est dans cette friction entre le vécu et le protocole, entre le sérieux administratif et le grotesque de l’existence, que se situe une part importante de mon travail.

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In the Cotopaxi (autopraxis) series, I reject the nobility of the canvas in favor of a more unassuming support: the filing folder. This choice is deliberate. It constitutes a critique of the reduction of the individual—and of the artist—to a permanent state of being a file. On these supports, I develop a cartography that appropriates and subverts productivity schemes, administrative annotations, and organizational charts of power.

This reflection is deeply rooted in my lived experience and in a Québécois cultural context. I do not consider institutions as an abstraction external to my work: I encounter them, move through them, and am myself part of them. Administrative language, forms, hierarchical structures, procedures, and systems of classification are as much a part of my everyday life as they are of that of a deeply institutionalized Québécois society. My personal experience thus becomes entangled with and juxtaposed against these structures, creating a dialogue between the individual and institutions that is sometimes absurd, sometimes affectionate, but above all tragicomic.

The influence of the digital is not addressed through the medium itself, but through a satire of its structures: my compositions mimic the mental saturation produced by pop-up windows, classification systems, and algorithmic imperatives.

By merging the aesthetics of the technical diagram with the banality of office supplies, I bring fragments of life, memory, culture, and personal experience into these administrative structures. The seriousness of institutions is then confronted with the uncontrollable nature of lived experience. The bureaucratic and the intimate continually contaminate one another.
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Every erasure, drawing, and annotation thus becomes an act of poetic sabotage, but also a way of negotiating with the structures to which I myself am subject. I am not simply seeking to denounce them; I am interested in observing what happens when my experience—with its contradictions, awkwardness, and absurdity—enters into dialogue with them. It is in this friction between lived experience and protocol, between administrative seriousness and the grotesque nature of existence, that an important part of my practice takes shape.
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(©)​ Guillaume Cloutier 
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